roture


roture

roture [ rɔtyr ] n. f.
routure XVe; lat. ruptura « rupture », en lat. pop. « terre défrichée (rompue) », puis « redevance due au seigneur pour une terre à défricher », d'où « propriété non noble »
Didact. ou littér.
1Hist. État d'une terre, d'un héritage qui n'est pas noble. « Lorsqu'un fief tombe en roture » (P.-L. Courier).
2Absence de noblesse.
3La classe des roturiers. La noblesse et la roture.

roture nom féminin (bas latin ruptura, fracture) Condition de quelqu'un ou d'un héritage qui n'est pas noble. Ensemble des roturiers. ● roture (synonymes) nom féminin (bas latin ruptura, fracture) Ensemble des roturiers.
Synonymes :
Contraires :

roture
n. f. La roture: les roturiers.

⇒ROTURE, subst. fém.
A. — 1. État d'une personne qui n'est pas noble; condition de roturier. D... était glorieux de sa roture comme mon père l'était de sa noblesse (PICARD, Avent. E. de Senneville, 1813, I, p. 15). Pour un garçon de petite naissance, il n'y a que cette sainte mission qui puisse te savonner de la roture (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 305). P. méton. Ensemble des roturiers. C'est au sein de la roture que se sont réfugiés aujourd'hui les sentiments, les mœurs et les vertus de l'âge d'or (SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p. 251).
2. Loc. adj. De roture. De condition roturière. Ces unions entre gens de roture et personnes nées (ADAM,Enf. Aust., 1902, p. 175). Propre aux roturiers. Lorsque la taille était le seul impôt de roture, l'exemption du noble était peu visible (TOCQUEVILLE, Anc. Rég. et Révol., 1856, p. 165).
3. Au fig. Caractère vulgaire, sans distinction, sans finesse de quelqu'un ou de quelque chose. Les Petites du ballet [de Louis Legrand], où l'on perçoit la vulgarité des abattis, la roture des attaches (GONCOURT, Journal, 1896, p. 962). La décence, et j'allais dire la distinction de sa tenue, prédispose en sa faveur les jurés; elle accuse la roture et le dénuement des deux autres (GIDE, Souv. Cour d'ass., 1913, p. 657). P. méton. Je trouve tout ce passage exécrable. Tu flattes les plus basses manies de la roture intellectuelle, toute la nauséabonde tribu des soi-disant penseurs (FLAUB., Corresp., 1858, p. 296).
B. — HIST. État d'un bien, d'une terre qui n'est pas noble. Tomber en roture. L'abolition, dès le XVIIe siècle [en Angleterre], de tous les signes qui y distinguaient le fief de la terre tenue en roture (TOCQUEVILLE, Anc. Rég. et Révol., 1856, p. 185).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. [Le dér. roturier 1271] A. 1406 Orléanais roupture « terre nouvellement défrichée » (Compte du dom. du duché d'Orléans, Arch. Loiret ds GDF.); 1419 id. cens de rouptures (ibid.). B. 1. a) 1549 « état d'un bien non noble » (EST., s.v. roturier: Terre tenue en roture, jure plebeio fundus); 1663 fig. (BOILEAU, Satires, V ds Œuvres, éd. Fr. Escal, p. 32: le Merite avili Vit l'honneur en roture); b) 1606 « état d'une personne non noble » (NICOT); 2. 1611 « ensemble des roturiers » (COTGR.). A est issu du b. lat. ruptura « défrichement » (875 Arles ds NIERM.), « terre défrichée, essart » (819 Espagne ds DU CANGE, s.v. rumpere, ruptura), spéc. localisé à l'ouest du dom. gallo-rom. en ce dernier sens (1185 Absie, Deux-Sèvres) et en celui de « cens portant sur un essart » (1072 île d'Oléron; 1104 Saintes ds DU CANGE, loc. cit.; v. aussi K. Baldinger ds R. Ling. rom. t. 26 1962, carte 1, p. 314). Ruptura est dér. du b. lat. rumpere « défricher » (867 Espagne; 1030-39 Marseille; 1189 Italie ds NIERM.), d'où l'a. fr. rompre « id. » (1253 ds GDF. Compl.), conservé dans divers dial. du fr. prov. et de l'occit., FEW t. 10, p. 568a. Cf. le m. fr. rompture « terre nouvellement défrichée » (1356-1406 ds GDF.), dér. de rompre, d'apr. ruptura. À partir de [cens de] roture « redevance due au seigneur pour la terre qu'on a le droit de cultiver », le sens « terre soumise à cette redevance » puis « héritage, bien non noble ». B est un dér. régr. de roturier. Du lat. ruptura est issu l'a. fr. roture « ouverture, déchirure » (1174-87, CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 3709). Fréq. abs. littér.:57.

roture [ʀɔtyʀ] n. f.
ÉTYM. XVe, routure; lat. ruptura « rupture », en lat. pop. « terre défrichée (rompue) », par ext. « redevance due au seigneur pour une terre à défricher; terre soumise à redevance », d'où « propriété non noble ».
Didactique ou littéraire.
1 Hist. État d'une terre, d'un héritage qui n'est pas noble. || « Lorsqu'un fief tombe en roture… » (P.-L. Courier, Lettres).
2 (1549). Condition d'une personne qui n'est pas noble. || Ne pas chercher à cacher sa roture.
Par métaphore. || « Une marque de roture intellectuelle » (Proust). Banalité, vulgarité.
3 La classe des roturiers. || Noblesse (cit. 19) et roture (→ Recruter, cit. 6). Peuple. || Être né dans la roture.
0 Fauchelevent était (…) de cette espèce que le vocabulaire impertinent et léger du dernier siècle qualifiait : demi-bourgeois, demi-manant; et que les métaphores tombant du château sur la chaumière étiquetaient dans le casier de la roture un peu rustre, un peu citadin; poivre et sel.
Hugo, les Misérables, II, VIII, I.
CONTR. Noblesse.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • roture — ROTURE. s. f. Estat d une personne, ou d une terre qui n est pas noble. La roture & la noblesse. il y a de certaines Republiques où il faut faire preuve de roture pour estre admis dans les charges. Terre en roture. On dit, d Une terre qui n est… …   Dictionnaire de l'Académie française

  • Roture — Ro ture, n. [F.] 1. The condition of being a roturier. [Webster 1913 Suppl.] 2. (Fr. & Canadian Law) A feudal tenure of lands by one who has no privileges of nobility, but is permitted to discharge all his obligations to his feudal lord or… …   The Collaborative International Dictionary of English

  • Roture — (fr., spr. Rotühr), Bürgerstand; daher Roturier, Bürgerlicher, Unadlicher …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Roture — (franz., spr. tǖr ), meist verächtlich soviel wie der nichtadlige Stand, Bürger und Bauernstand; Roturier (spr. türjë), Bürgerlicher …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Rotüre — (frz.), verächtliche Bezeichnung für den nichtadligen Stand; Rotürier (spr. ĭeh), ein Unadliger …   Kleines Konversations-Lexikon

  • roture — (ro tu r ) s. f. 1°   État d une personne ou d un héritage qui n est pas noble. Terre en roture. Posséder en roture. •   À se croire d un rang d éclat environné, Quoiqu en pleine roture on soit quelquefois né, HAUTER. Bourg. de qual. I, 5.… …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

  • ROTURE — s. f. L état d une personne ou d un héritage qui n est pas noble. Il était né dans la roture. On lui prouva sa roture. Terre en roture. Ce n était pas un fief, une seigneurie, c était une roture, ce n était qu une roture. Posséder en roture.… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • ROTURE — n. f. état d’une personne qui n’est pas noble. Il était né dans la roture. On lui prouva sa roture. Il se dit aussi des Choses. Terre en roture. Ce n’était pas un fief, une seigneurie, c’était une roture, ce n’était qu’une roture. Posséder en… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • roture — I. Roture, c est l estat et condition des personnes qui ne sont nobles, qui sont appelez roturiers, et par mespris vilains, Status ac conditio plebeiorum. Il se prent aussi pour l heritage qui n est tenu noblement, comme son domaine n est que… …   Thresor de la langue françoyse

  • Roture — Roturier Voir « roturier » sur le Wiktionnaire …   Wikipédia en Français